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Compte rendu de Kathryn Edgerton-Tarpley, Tears from Iron: Cultural Responses to Famine in Nineteenth-Century China (Berkeley, University of California Press, 2008)

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Compte rendu de Kathryn Edgerton-Tarpley, Tears from Iron: Cultural Responses to Famine in Nineteenth-Century China (Berkeley, University of California Press, 2008)
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  146 N o 2010/4 ment, les essais de Wakeman introduisirent desproblématiques « subalternes » à l’intérieur de lanouvelle histoire sociale. Plus important, l’inscrip-tion de ces études des « subalternes » chinoisdans un cadre urbain colonial (la Shanghai mo-derne notamment), permit de nouer implicitementun lien entre nouvelle histoire sociale et nouvellehistoire culturelle, en portant l’accent sur la cul-ture et la modernité. Les essais et monographiesde Wakeman ont joué un rôle pionnier dansl’émergence, et plus tard la domination, des« études shanghaiennes » (S  hanghai Studies  ), eninspirant des travaux sur la formation et la trans-formation de la culture urbaine (semi)coloniale,des problématiques mettant en jeu l’identité cul-turelle et sociale (sur les femmes citadines notam-ment) ainsi que des recherches sur le développe-ment d’une culture commerciale et populaire. Cenouveau changement de paradigme désigna lamodernité et la mondialisation comme desthèmes de recherche éminents sur la Chine mo-derne, renvoyant le socialisme et la révolution àdes modes de pensée et des pratiques désuets.Les « études shanghaiennes » furent égalementl’illustration des déplacements idéologiques quiaccompagnèrent les noces de la Chine avec lamondialisation et la marginalisation subséquentede son passé révolutionnaire. Ce recueil constitue donc une introduction utileaux nombreux thèmes abordés par cet illustrechercheur. La réunion de ces 15 essais permetd’illustrer les trois principaux domaines étudiéspar Wakeman, ceux par lesquels il exerça une in-fluence importante sur les études chinoises : latransition Ming-Qing, les relations entre l’État chi-nois et la société, les « études shanghaiennes ». Souvent rédigés en parallèle de ses monogra-phies, ces essais mettent en lumière les inclina-tions intellectuelles mouvantes mais cohérentesde Wakeman qui guidèrent l’élaboration de sesœuvres majeures. L’ouvrage constitue, pour cettemême raison, un complément utile aux monogra-phies bien connues de Wakeman. Pour ceux quela carrière de Wakeman en Chine intéresse, il offreenfin un éclairage intéressant sur ses expériencespersonnelles, éducatives et politiques au seind’une Chine aux multiples facettes, durant quatredécennies de transformations. • • Traduit par Nicolas Ruiz escot PIERRE-ÉTIENNE WILL L ’« incroyable famine de 1878-1879 »(  dingu qihuang 丁戊奇荒  ) (1) qui dévasta lesprovinces du Nord au début du règne deGuangxu est, pourrait-on dire, la première « fa-mine internationale » en Chine : elle s’est dérouléesous les yeux des autres nations, on en a abon-damment parlé en Europe, et enChine même elle a été ressentiecomme une honte nationale à causedu spectacle qu’elle offrait aux étran-gers. C’est d’abord à la multiplicitédes discours et des interprétationsqu’elle a suscités, en Chine et horsde Chine, qu’est consacré cet ou-vrage incontestablement srcinal, so-lide, et très réussi en dépit d’un cer-tain penchant pour le compassionnelet d’un didactisme parfois envahis-sant (les nécessités du marché des undergraduates , je suppose). Au delàd’un récit détaillé de la famine et deses épouvantables conséquencesdans la province du Shanxi, le livre enpropose une histoire « culturelle »,passant en revue les perspectivesextrêmement diverses, contradic-toires même, des victimes de la ca-tastrophe, des fonctionnaires locaux,des « modernisateurs » et des tradi-tionalistes qui s’opposaient dans leshautes sphères de l’État, du NorthChina Herald et des étrangers don-neurs de leçons dans les conces-sions de Shanghai, des mission-naires qui se dépensaient sur le ter-rain, des chefsde la nouvelle philanthropie boud-dhiste, centrée elle aussi à Shanghai, du Shenbao qui leur servait d’organe, etc. Le plus difficile est de retrouver comment les gensordinaires vivaient les événements. Les sourcesabondent en lieux communs et en exagérationsrhétoriques, suscitant toutes sortes de problèmesd’interprétation que l’auteur, disons-le de suite,parvient le plus souvent à négocier avec succès. Ainsi du discours de la mémoire, recueilli directe-ment sur le terrain. Cette « mémoire » confiée audébut des années 2000 par des citoyens duShanxi même très âgés — les jeunes ne semblentplus guère s’y intéresser —, ces « folk-tales » 1.Les années 1878 et 1879 ( dingchou  丁丑 et wuyin 戊寅 ) marquent le point culminant dela famine, mais la sécheresse qui en était la cause durait depuis 1876. Kathryn Edgerton-Tarpley, Tears from Iron: CulturalResponses toFamine inNineteenth-Century China, Berkeley, Universityof California Press,2008, xxiii + 332 p.,illustrations.  147 N o 2010/4 notés au cours d’entretiens avec des vieillardsrapportant ce que leur racontaient leurs grands-parents lorsqu’ils étaient petits, laissent songeurspar leur précision même. Mais Kathryn Edgerton-Tarpley a aussi mis la main sur des matériaux mé-moriels plus proches de l’événement, dont unelongue « Ballade des années de famine » (  Huan- gnian ge 荒年歌   ) rédigée une vingtaine d’annéesaprès les faits par un habitant de Xiezhou, réputéeavoir entretenu la mémoire locale de la faminependant assez longtemps, qui sert plus ou moinsde fil conducteur à la narration (chapitre 2 etailleurs) (2) . Dans son chapitre sur les causes de lacatastrophe elle nous dit avoir interviewé 51 « his-toriens locaux et anciens des villages ». Ce qu’ilsont à raconter semble bien convenu, mais on notequand même qu’ils ne sont pas toujours d’accordentre eux, et leurs discussions, quoique décon-nectées de la réalité historique, ne sont pas dé-nuées d’intérêt. Tout aussi intéressant est le faitqu’ils semblent unanimes à faire l’éloge de l’em-pereur Guangxu, alors que ce dernier n’étaitqu’un enfant de six ans au début de la famine etque même en son nom le trône n’a pas été en me-sure de faire grand-chose. La prégnance du mo-dèle opposant la vertu et l’humanité des hauts di-rigeants, dont on attend tout, à l’indifférence et ausabotage des pouvoirs locaux mérite assurémentd’être relevée.De même ne se lasse-t-on pas d’admirer la conti-nuité du discours, des schèmes d’interprétation etmême du langage pour tout ce qui touche auxcauses et aux manifestations de la famine, depuisl’Antiquité et souvent jusqu’à aujourd’hui. Tous leslieux communs défilent : sur les causes moralesde la famine, les gens vertueux et les profiteurs,les fonctionnaires intègres et les subalternes cor-rompus, les souffrances endurées par la popula-tion, les familles dispersées, les morts de faim qui jonchent les routes, et ainsi de suite. Encore unefois, l’auteur se laisse rarement prendre à cesanecdotes « idéalisées » : elle s’efforce aucontraire de démonter et dépasser le discoursqu’elles véhiculent. Toute la troisième partie,sous-titrée « Images, Myths, and Illusions », y esten fait consacrée.Peut-être malgré tout Kathryn Edgerton-Tarpleyne perçoit-elle pas toujours l’ancienneté de cer-tains tropes et la quantité de phraséologie prove-nant du fonds classique. Se prémunir contre la fa-mine en constituant des réserves est une obses-sion dont l’expression canonique, répétée commeun  mantra dans les sources, remonte au Trait! des rites (  Liji   ) : « Sur trois années de labours préserverune année de vivres, sur neuf années de labourspréserver trois années de vivres » (  三年耕必有一年之食,九年耕必有三年之食  ) (3) . Voir dans les dé-sastres naturels un châtiment céleste frappantune société dissolue est également d’une grandebanalité — mais il n’est pas indifférent que lethème ait été repris par les missionnaires —, etl’exaltation de la frugalité comme précautioncontre les désastres se rencontre dans les textesles plus anciens, pas seulement depuis le XVIII e siècle (p. 75). Mais ce qui compte, bien sûr, c’estque tout cela ait été profondément intégré par lesauteurs contemporains des événements et partant de leurs successeurs.Comme le rappelle le chapitre 4, les hauts diri-geants étaient loin de s’accorder sur les mesuresà prendre. Les partisans du renforcement des dé-fenses maritimes de la Chine, Li Hongzhang et leZongli yamen à leur tête, souhaitaient détourner lemoins possible de ressources de l’État vers leShanxi et ses affamés, alors que les militants du« courant des purs » (  qingliu  ), qui s’appuyaient plu-tôt sur le censorat et l’Académie Hanlin, considé-raient au contraire qu’il était urgent de restaurer lalégitimité de l’État et de la dynastie, fort mise à maldepuis le milieu du XIX e siècle, en mobilisant lemaximum de moyens pour les secours. Sur cettecontroverse bien connue se greffait le débat — re-montant au moins aux Song, et non pas au XVIII e siècle comme semble le suggérer l’auteur (p. 103)— sur l’opportunité de laisser aux marchands la li-berté d’importer ou non des grains dans les ré-gions affamées en fonction de leurs intérêts, ou aucontraire sur la nécessité de les contrôler étroite-ment, voire de les tenir à l’écart. Et puis il y a ledébat autour de l’opium, bien plus contemporaincelui-là : certains sont partisans d’une interdictiontotale, considérant que la production d’opium estune des principales causes de la susceptibilité auxfamines puisqu’elle conduit à négliger les culturesvivrières (aujourd’hui encore c’est une interpréta-tion dominante), alors que d’autres (Li Hongzhanget les spécialistes des affaires étrangères, tou- jours) estiment qu’il ne faut pas en laisser le mono-pole aux étrangers parce que c’est une source derevenus importante pour la population locale.Le débat opposant commercialisation et autosub-sistance est bien sûr très classique. Kathryn de lecture comptes-rendus 2.Ce genre de matériau ne doit pas avoir été rare. J’ai moi-même trouvé au musée de laForêt des Stèles de Xi’an une « Ballade des années de famine » ( Huangsui ge  荒歲歌  )gravée dans la pierre, beaucoup moins étendue que le texte cité ici, relative aux mêmesévénements dans une sous-préfecture du Shaanxi.3.Cf. p. 78, 227. Kathryn Edgerton-Tarpley interprète curieusement la formule comme signi-fiant « planter trois/neuf rangées de grains et mettre de côté la récolte d’une/trois ran-gée(s) ».  148 N o 2010/4 Edgerton-Tarpley livre plusieurs témoignagessuggérant qu’à la veille de l’ Incredible Famine leShanxi (en tout cas l’  hinterland  de Taiyuan et lespréfectures du sud de la province) n’était pas dutout la province misérable et isolée qu’on décritd’habitude, mais une région prospère, presque uneldorado où les « habitudes de luxe » étaient ré-pandues jusque parmi les gens ordinaires. Or,cette prospérité — probablement moins généraleque ne le suggèrent les sources citées — étaitcommerciale, manufacturière et minière, elle nereposait pas sur une agriculture qui avait cessédepuis longtemps de nourrir la population et deproduire suffisamment d’impôts pour équilibrer lebudget provincial. Comment une sécheressemême catastrophique comme celle de 1876-1879a-t-elle pu faire disparaître d’un coup les signesde cette aisance, casser les réseaux commer-ciaux, ruiner les transports et les industries d’ex-traction, et faire du Shanxi, et pour longtemps,une périphérie appauvrie et enclavée ? Le livrepropose quelques éléments d’explication : le dé-tournement des ressources de l’État vers le finan-cement de la guerre dès les rébellions des années1850 et 1860, la désorganisation des réseauxcommerciaux contrôlés par les fameux mar-chands du Shanxi, pour les mêmes raisons et sur-tout à cause de la réorientation du commercesino-russe après les traités de 1860… Mais l’ab-sence de véritable reprise ne laisse pas d’intri-guer, tout comme le fait que la richesse commer-ciale considérable accumulée depuis le début desQing ne semble pas avoir été d’un grand secoursface à la calamité. Autre point intéressant, l’impact différentiel de lafamine en fonction de l’âge, du sexe et du milieusocial. Les effets sociaux de la sécheresse sontpar définition différentiels, mais comme le rap-pelle l’auteur les distinctions s’abolissent au fur età mesure que les récoltes manquées se succè-dent, que toutes les classes finissent par souffrird’une manière ou d’une autre et que les profiteursse retrouvent eux-mêmes en difficulté : rien là quede très ordinaire, certes (que l’on pense aux des-criptions des grandes famines de la fin des Mingau Jiangnan, autre région prospère et hautementcommercialisée). Mais c’est surtout lorsqu’elleparle de la différence d’impact sur les hommes etles femmes que Kathryn Edgerton-Tarpley a deschoses intéressantes à nous dire. On a tendanceà considérer que lorsque la situation devenaitréellement impossible et qu’il fallait faire deschoix, les jeunes femmes et les petites fillesétaient les premières sacrifiées. Le chapitre 7 citemaintes anecdotes où c’est en effet ce qui sepasse chaque fois que les familles aux extrémitéss’acharnent à accorder leurs stratégies aux va-leurs « confucéennes », et d’abord à la piété filiale,ce qui explique aussi pourquoi les vieilles mèresont de meilleures chances de s’en tirer. L’impor-tant dans ces récits, c’est que la morale soitsauve. La femme vertueuse qui se laisse mourirde faim ou se donne la mort plutôt que de com-promettre la vie des siens ou, pire, de compro-mettre l’honneur de la famille en l’abandonnantpour survivre, au risque d’y perdre sa chasteté, re-présente le  nec plus ultra . Mais il s’agit là de ces représentations « cor-rectes » que notables et fonctionnaires s’éver-tuaient à graver dans la pierre, à consigner dansles monographies locales et à diffuser dans le pu-blic. Comme le montre Edgerton-Tarpley, la réalitéreflétée dans des sources plus objectives n’estpas aussi édifiante. Les descriptions abondent defemmes vendues pour une poignée de sapèquesou abandonnées le long des routes, prêtes à se li-vrer au premier venu pour rester en vie, et dont ledestin le plus probable était de finir entre lesmains des « marchands du Sud » qui les reven-daient comme concubines ou comme prosti-tuées. Le trafic des femmes, le cynisme et lacruauté avec lesquels elles sont traitées figurenten première place dans les dénonciations de lapresse anglophone de Shanghai et dans les la-mentations des milieux réformateurs sur la« honte nationale ». Le livre consacre quelquespages saisissantes aux témoignages d’observa-teurs européens et de philanthropes chinois ayantcirculé dans les zones de famine et vu de leurspropres yeux le désespoir de ces femmes et deces toutes jeunes filles brutalisées, violées, trai-tées comme de la marchandise.Mais il montre aussi que les choses étaient pluscompliquées. Certains travaux sur la mortalitésuggèrent que les Chinoises pouvaient avoir unavantage dans un contexte d’extrême famine. Dufait de leur rareté, due aux pratiques d’infanticide,on ne sacrifiait pas les femmes à la légère et la pé-nurie était partagée de façon relativement égali-taire au sein des familles ; mieux, elles représen-taient un capital, et en temps de famine leur valeurmarchande était supérieure à celle des hommes.Quant à celles qui tombaient entre les mains destrafiquants, elles avaient peut-être de meilleureschances de survivre en étant exfiltrées des zonesde famine. En bref, rappelle Kathryn Edgerton-Tarpley, lorsqu’elle était confrontée à de telles tra-gédies la société fonctionnait sur un mode prag-  149 N o 2010/4 matique très éloigné des schèmes confucéens —et j’ajouterais qu’il en allait à peu près de mêmeen temps normal. Qu’une malheureuse fût prête à se vendre commeépouse ou servante pour survivre ne faisaitqu’illustrer, aux yeux des auteurs les plus épris depensée correcte, l’immoralité des femmes, voireleur dangerosité puisqu’on les accusait d’être àl’srcine des désastres par leur inconduite. (Pourautant, citer ici la reine Baosi et Yang Guifei nes’imposait pas vraiment.) Mais certains avaientune vue plus réaliste des choses. On trouve dansun recueil de jugements de la fin du XIX e siècle uncas mettant en cause une certaine Mme Xue, quiavait fui la famine au Shanxi en 1877 avec sesdeux enfants adolescents, probablement en ac-cord avec son mari, M. Zhang, et avait échouédans le nord du Shaanxi où, après diverses péri-péties, elle s’était vendue en mariage dans une fa-mille Wu. Le procès concernait ses démêlés avecsa belle-mère, neuf ans plus tard (son nouveaumari était mort entre temps). Je le cite parce quele magistrat, un lettré assez connu du nom de FanZengxiang 樊增祥 (1846-1931), reconnaît dansson jugement que Mme Wu avait eu les meilleuresraisons de fuir la famine et de se remarier ailleursplutôt que de vouloir à tout prix « préserver sachasteté » (et quitte à devenir bigame !) : non seu-lement elle avait échappé à une mort certaine,mais grâce à elle son fils était toujours en vie etpouvait prolonger la lignée des Zhang. De cepoint de vue au moins Fan ne trouve rien à rediresur sa moralité et n’hésite pas à la qualifier de« personne de grand mérite » (   gongchen 功臣  ). Etbien qu’elle n’en ait guère envie, il la renvoie avecson fils dans sa famille d’srcine au Shanxi (4) . Riend’autre qu’une anecdote s’ajoutant à l’ouvragedéjà si riche de Kathryn Edgerton-Tarpley, certes ;mais le contraste entre les descriptions déchi-rantes qu’elle cite et la façon calculée et efficacedont Mme Xue s’organise pour survivre à la fa-mine et se refaire une vie mérite, me semble-t-il,d’être relevé.Il y aurait beaucoup à dire encore sur ce livre dontles références débordent d’ailleurs le cadre de laChine (la famine irlandaise de 1845-1849 est unde ses éléments de comparaison favoris), et quiévoque à l’occasion des événements beaucoupplus récents (5) . Ainsi faudrait-il parler de l’émer-gence de cette « nouvelle charité » née de la com-pétition avec la philanthropie occidentale, danslaquelle, pour la première fois, c’est une partie dela Chine, toutes classes confondues, qui vient enaide à l’autre partie. Il faudrait aussi mentionner le GINA MARCHETTI  A  vec cet ouvrage remarquable, Paul Clarkprend le contre-pied des perspectives do-minantes de la recherche anglo-saxonneet redonne toute sa place à la « culture » au seinde la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne(GRCP, 1966-76). Plutôt que d’analyser la périodecomme une série de manifestions, rivalités de fac-tions, proclamations politiques et initiatives dugouvernement, Clark explore la dernière décenniede l’ère Mao à travers les arts, organisant sonétude autour des formes employées pour critiquerl’ancien et tenter d’établir une nouvelle culture ré-volutionnaire : opéra chinois / opéra modèle, ci-dernier chapitre qui, après quelques considéra-tions peut-être superflues sur l’orientalisme et lasémiotique, propose une analyse habile du canni-balisme comme métaphore — et même comme lamétaphore par excellence de l’ Incredible Famine au Shanxi au XXI e siècle. On découvre en effet quedans leurs « souvenirs » les vieillards extrême-ment volubiles rencontrés par Kathryn Edgerton-Tarpley ont parfaitement intégré la propagandedispensée au moment de la famine du GrandBond en avant, selon laquelle le cannibalismependant la famine de Guangxu, c’était l’« an-cienne société », alors que c’est tellement mieuxaujourd’hui. La famine de Guangxu devient de lasorte un « frightening historical Other  ». Enfin ilfaudrait dire un mot de l’importance accordée parl’auteur à l’iconographie dans la panoplie des re-présentations de la famine (6) et de l’utilisation in-génieuse qu’elle sait en faire.Bref, tout cela fait de Tears from Iron un livre dont je ne doute pas qu’il fera date sur un sujet quisemble aujourd’hui, pour des raisons restantd’ailleurs à déterminer, extrêmement populaire au-près des historiens en Chine et hors de Chine. • de lecture comptes-rendus 4.Voir Fanshan pipan 樊山批判 , inLidai panli pandu  歷代判例判牘 , Pékin, Zhongguoshehui kexue chubanshe, 2005, vol. 11, p. 609-610.5.Essentiellement la famine du Grand Bond en avant, qui pour les témoins interrogés au- jourd’hui s’impose d’emblée comme point de comparaison. Mais la Chine du Nord aconnu d’autres « famines extraordinaires », que l’on comparait également à la famine deGuangxu en disant que c’était encore pire, notamment au début et à la fin des années1920 : c’est alors que s’est popularisée l’image de la « Chine pays de la famine » ( China,Land of Famine  , titre d’un ouvrage fameux de Walter Mallory paru en 1926).6.Notamment les compilations de gravures intitulées tielei tu  鐵淚圖 , que Kathryn Edger-ton-Tarpley traduit par « pictures to draw tears from iron » — d’où le titre du livre —, cequi en soi n’a pas beaucoup de sens. L’auteur d’un des prototypes du genre, le Jiangnan tielei tu  (consacré aux ravages des Taiping), explique que les horreurs dépeintes dans letexte et les illustrations sont de celles dont on dit qu’« à leur vue même un homme de ferne pourra s’empêcher de verser des larmes » ( 所謂鐵人見之,亦當墮淚也 ).
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