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Commentaire de texte La vie psychique du pouvoir

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La vie psychique du pouvoir. Dans une conférence intitulée « Le sujet et le pouvoir » (in Dits et écrits tome IV, texte n°306), Michel Foucault évoquant l'ensemble de son oeuvre souligne que « Ce n'est pas le pouvoir mais le sujet qui
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  Quentin BARTHELEMY M1 Philosophie contemporaine quentin.andreanibarthelemy@gmail.com Commentaire de texte :  Judith Butler, La vie psychique du pouvoir. Dans une conférence intitulée « Le sujet et le pouvoir » (in Dits et écrits tome IV, texte n°306), Michel Foucault évoquant l’ensemble de   son œuvre souligne que « Ce n’est pas le pouvoir mais le sujet qui constitue le thème général de mes recherches ». Une telle affirmation pourrait surprendre, une recherche quantitative nous montre que le mot sujet   comporte 48 occurrences contre 374 pour le mot  pouvoir   dans  La volonté de savoir  , et 88 occurrences contre 530 dans Surveiller et punir  . Cependant l’ exercice numérique ne doit pas nous tromper, il est toujours question du sujet en tant qu’il est  pensé en lien avec le pouvoir. L’œuvre de Foucault, de l’aveu de son propre auteur, pense la subjectivité dans un ensemble plus large que sont les structures politiques qu ’il désigne comme autant de « techniques d'individualisation et de procédures totalisatrices ». Indéniablement cette analyse du sujet pensé dans sa dépendance aux structures politiques hors de toute essentialité a grandement influencé la pensée de Judith Butler. L ’un des apports de son œuvre est justement de poursuivre cette discussion en proposant une reprise critique foucaldien dans l’ouvrage La vie  psychique du pouvoir  . Dans ce texte, probablement le plus théorique de la pensée de Butler, la philosophe reprend un certain nombre des intuitions et relectures d’auteurs de la French Theory   (classification américaine regroupant des auteurs comme Foucault, Althusser, Lacan, Kristeva…).   Elle y affirme la fécondité d’une approche qui prendrait en compte l’existence d’une vie psychique du pouvoir afin de comprendre un paradoxe initial, celui de l’assujettissement. La reprise de Foucault conduit à placer cette forme de pouvoir au centre de la constitution du sujet. A une problématique plus large d’un saisie des processus d’individualisations et de totalisations des formes de pouvoir que propose Foucault, l’auteur fait de l’assujettissement une pièce centrale de sa pensée du pouvoir et du sujet. Le propos de La vie psychique du pouvoir    s’ouvre alors sur une argumentation en deux parties. La première souligne le caractère paradoxal de l’assujettissement, para -doxe qui conduit à la fois à l’examen de la position traditionnelle de l’assujettissement mais également la mise en avant de l’aspect dual de cette notion à la fois sujétion et subjectivation d’un individu . Le second temps, préfigurant la tentative de saisie tropologique du sujet, examine les positions foucaldienne et althussérienne de l’assujettissement dont les limites vont conduire l’auteur à mettre en avant la   nécessité d’une réévaluation de la théorie du pouvoir à l’aune d’une théorie de la psyché. De manière transversale ces deux moments argumentatifs qui structurent le texte peuvent se lire à travers un double prisme. Le texte se manifeste comme une critique de la philosophie française des années 1960 à travers la figure de Foucault et d’Althusser tout comme la réponse partielle à une problématique interne à l’œuvre de Butler et posée dès l’ ouvrage Sujets du désir, la difficile conciliation entre une pensée de la négativité permettant la révolte et l’ affirmation du sujet sans  réduction dans l’ identité. Dans cet essai l’auteur réalise un examen de l’influence d e la pensée du sujet de Hegel dans une tradition française qui cherche pourtant à le dépasser en reformulant la problématique du sujet. L’assujettissement est donc une forme paradoxale de pouvoir. Elle est à la fois une sujétion pour dominer un individu et en même temps une subjectivation de cet individu en l’appelant à être sujet. Alors que l’auteur souligne le caractère familier, évident d’une domination par un pouvoir extérieur à soi qui est « bien connue, douloureuse », la révélation au sujet de sa dépendance ontologique est davantage problématique. La domination, « forme prise par le pouvoir » - de la même manière que l’assujettissement    –    est donc placée sous le sceau de l’évidence vécue . En revanche, découvrir que cette forme de pouvoir est la même qui conduit à la découverte de soi, « sa propre formation de sujet » est bien la surprise qui commande l’écriture et appelle à une réflexion. De cette surprise surgit le paradoxe : à la connaissance doxique de la domination qui de l’extérieur réprime l’ind ividu, se surimpose la découverte que sous cette même forme se cache la constitution du sujet. Il n’est jamais question d’ une opposition entre deux formes de pouvoir concurrentes que serait la domination et l’assujettisseme nt. Cependant , affirmer qu’une p roposition relève du lieu commun exige que l’on désigne par opposition ce qui échappe à l’ évidence doxique. Ici, le texte manifeste tout ce que Judith Butler doit, pour la formulation de son approche du sujet, au travail de Foucault sur le pouvoir. Ce dernier dans La volonté de savoir rend compte de l’évolution du la formulation de la problématique du pouvoir dans ses développements contemporains. Partant d’un constat historique de « la multiplication des disco urs sur le sexe, dans le champ d’exercice du pouvoir lui -même » en Occident, Foucault retrace l’histoire de ces discours sur la sexualité, et en creux l’évolution des formes et des techniques de pouvoir qui ordonnent ces discours s ur la sexualité. L’auteur  dans une tradition critique souligne que « malgré les efforts qui ont été faits pour dégager le juridique de l’institution monarchique et pour libérer le politique du juridique, la représentation du pouvoir est restée prise dans ce système. » Ce modèle qualifié par Foucault de « juridico-discursif » c’est à dire « le système du droit lui- même n’était qu’une manière d’exercer la violence, et de faire fonctionner sous l’apparence de la loi générale, les dissymétries et les injustices d’une domination.  » doit être dépassée. Ainsi il affirme que « nous sommes entrés dans un type de société où le juridique peut de moins en moins coder le pouvoir ou lui servir de système de représentation. » et cela car l’analyse juridico-discursive « est absolument hétérogène au nouveau procédés de pouvoir qui fonctionnent non pas au droit mais à la technique, non pas à la loi mais à la normalisation, non pas au châtiment mais au contrôle qui s’exercent à des niveaux et dans des formes qui débordent l’Etat et ses appareils ». L ’assujettissement fait partie de  ces nouvelles formes de pouvoirs dont ne peut rendre compte une approche juridique classique. Le lieu commun juridique du pouvoir défendu par une tradition libérale de la philosophie politique met face à face un pouvoir souverain et un individu, pensé comme un sujet autonome, sorte d’atome insécable dont l’intériorité (le désir  du sujet) reste soustraite à tout pouvoir. Dans ce face à face, le mode d’action du pouvoir est mécanique s’appliquant essentiellement à travers la prohibition, l’interdiction et la répression. Foucault s’érige contre cette représentation d’un «   pouvoir qui n’aurait guère que la puissance du «  non » ; hors d’état de ne rien produire, apte seulement à poser les limite s et les énergies ». Dans son texte Judith Butler souligne que cette approche du pouvoir souverain, du divin qui s’applique à l’ordre inférieur de l’individu n’est pas dépassé e mais ne constitue qu’ une modalité du concept de pouvoir, modalité qui de surcroit escamote complètement le sujet en le contenant dans une extériorité présentée comme essentielle. Pas plus qu’il ne s’agissait pour Foucault de faire émerger une théorie générale du pouvoir, on comprend que l’objet d’étude de Judith Butler porte sur le sujet, ce «  nous » qui accepte les modalités du pouvoir à travers une exploration de ce qui constitue l’assujettissement. La nouvelle équation définissant le sujet affirme que le pouvoir conditionne « la trajectoire de son désir » et  qu’il existe un lien fort entre l’intériorité   d’un individu, sa subjectivité et le pouvoir qui le constitue. L’introduction du concept de désir est un moment important de l’argumentation.  Il permet en effet de comprendre la problématique à laquelle Judith Butler tente de répondre. La philosophe se plaçant dans un cadre inspiré des travaux de Michel Foucault sur le pouvoir, se fixe comme objectif de penser l’émergence et la dynamique du sujet avec le pouvoir avec lequel il est en rapport  : « Foucault a suggéré que l’objet de la politique moderne n’est plus de libérer un sujet mais p lutôt d’interroger les mécanismes régulateurs à travers lesquels des «  sujets » sont produits et maintenus ». Cette production nous l’avons vu passe essentiellement par une production et une prolifération des discours sur les différents domaines qui constitue la subjectivité. Parmi ces domaines  –    et probablement l’un des plus important –    les discours sur le désir qui vont faire l’objet d’un examen critique de la part de Foucault. Evoquer le désir en lien a  vec le pouvoir comporte différentes modalités. Tout d’abord, comme nous l’avons vu précédemment, il souligne que le pouvoir en produisant des discours sur le désir vient se loger dans l’intériorité des individus. Le pouvoir à travers le désir joue donc un rôle essentiel dans la constitution d’une intériorité qui caractérise les processus de subjectivation. Plus en avant encore Foucault en posant, comme l’affirme Butler, la trajectoire du désir comme le produit d’un pouvoir discursif (elle nous l’apprend plu s loin dans le texte), souligne la dimension construite par le discours de la catégorie de désir même. Judith Butler le souligne ailleurs, dans son ouvrage Sujets du désir  , où elle écrit que « Foucault met en garde contre le fait d’accepter simplement ce c adre conceptuel [celui du désir] dans l’investigation historique de la sexualité, et il propose plutôt une enquête généalogique sur la manière dont le sujet désirant a été historiquement produit ». Elle cite ensuite Foucault qui dans l’Usage des plaisirs   é  voque sont objet d’étude. Il affirme  vouloir « analyser les pratiques par lesquelles les individus ont été amenés à porter attention à eux-mêmes, à se déchiffrer, à se reconnaître et à s’avouer comme sujets de désir, faisant jouer entre eux-mêmes et eux-mêmes un certain rapport qui leur permet de découvrir dans le désir la vérité de leur être, qu’il soit naturel ou déchu  ». Revenons- en à l’argumentaire de Judith  Butler. Après avoir exposé les deux modes qui composent la substance du pouvoir, domination et formation du sujet, celle-ci présente le « processus » par lequel ce pouvoir s’ exerce. Ce processus qualifié d’ «  habituel » est exposé pour souligner que ce n’est pas le modus operandi   qui correspond à cette forme de pouvoir qu’est l’assujettiss ement. Pour le montrer, elle souligne les implic ations non interrogées qu’induit la conception habituelle d’un pouvoir extérieur qui contraint par la force. Comme elle le souligne, cette vision du pouvoir s’appliquant à l’intériorité du sujet  par effraction   ne permet pas de rendre compte de la dépendance du sujet. Il s’agit donc de tirer les conséquences d’une approche théorique de l’assujettissement. Parler d’un pouvoir qui s’exerce sur nous et «  affaiblis par sa force, nous finissons par intérioriser ou accepter ses modalités » c’est encore penser le pouvoir sur un modèle juridique. C’est en premier lieu continuer de penser sous le mode de la domination avec «  en face d’un pouvoir qui est loi, le sujet qui est constitué comme sujet –   qui est « assujetti » est celui qui obéit. A l’homogénéité formelle du pouvoir tout au long de ces instances, correspondrait chez celui qu’il contrait –    qu’il s’agisse du sujet en face du monarque, du citoyen en face de l’Etat, de l’enfant en face des parents, du disciple ne face du maitre  –   la forme général de soumission. Pouvoir législateur d’un côté et sujet obéissant de l’autre   ». Alors même que l’on cherche à penser un effet du pouvoir sur l’intériorité d’un individu (ce qui nous met sur la piste d’une subjectivité  ), on réduit le pouvoir une souveraineté monolithique et le sujet à une obéissance passive. Le sujet hérité de cette approche est en effet caractérisé comme devant renoncer à certains droits (notamment par la force) pour en protéger d’autres. Dans un autre passage tiré de Surveiller et punir  , texte central dans la pensée de l’assujettissement chez Foucault , ce dernier évoque de manière explicite les insuffisances de la perception habituelle du modus operandi   du pouvoir : « Cet assujettissement n'est pas obtenu par les seuls instruments soit de la violence soit de l'idéologie ; il peut très bien ê t re direct, physique, jouer de la force contre la force, porter sur des éléments matériels, et pourtant ne pas être violent; il peut  être calculé, organisé, techniquement réfléchi, il peut être subtil, ne faire usage ni des armes ni de la terreur, et pourtant rester de l'ordre physique. C'est-à-dire qu'il peut y avoir un « savoir » du corps qui n'est pas exactement la science de son fonctionnement, et une maitrise de ses forces qui est plus que la capacité de les vaincre : ce savoir et cette maitrise constituent ce qu'on pourrait appeler la technologie politique du corps ». Ce passage non seulement explicite les limites du modèle habituel dont parle Butler mais il nous éclaire également sur ces modalités du pouvoir dont dépend fondamentalement le sujet. Cette dépendance est tout autant fondamentale que fondatrice pour le sujet, il est fondateur car se situe dans le corps.  Après avoir souligné comment la problématisation de l’assujettissement que pose Butler s’enracine dans un travail antérieur fait par Foucault  de généalogie du pouvoir, reprenons de manière synthétiques les étapes de l’argumentation  du Butler. Cette première partie met en place le cadre c onceptuel dans lequel va se dérouler ensuite l’analyse des mécanismes constitutifs de l’assujettissement. En premier lieu Butler montre qu’il existe un paradoxe de l’assujettissement. Dans un aller-retour permanent marqué par les opérateurs logiques « mais », l’auteur montre comment la domination « modèle habituel » dont Butler expose la substance, les modalités et le processus par lequel celui-ci se manifeste au sujet, ne permet pas de comprendre de manière satisfaisante la dépendance qui existe entre un sujet et le pouvoir assujettissant qui, à travers des procédés discursifs, initie et soutient le sujet agissant. Le paradoxe commence donc par la présentation doxique d’un pouvoir -domination, exercé de l’extérieur pour ensuite présenter la  véritable tension inhérente à l’assujettissement qui est à la fois subjectivation et sujétion de l’individu . A partir de l’œuvre de Foucault, il s’agit de penser l’assujettissement comme formation et régulation simultanée du sujet, pour ensuite souligner la nécessité de prendre en compte une vie psychique du pouvoir. De la reprise à la critique il n’y a qu’un pas . Dans la seconde partie de son argumentation  Judith Butler va souligner les limites de l’approche foucaldienne du pouvoir qui ne parvient pas à penser complètement son objet. L’enjeu est le suivant, pour Butler «   l’assujettissement n’est ni simplement la domination ni la production d’un sujet  ; il désigne un certain type de restriction dans la production ». Il est donc nécessaire de penser cette restriction dans   la production. Cela va la conduire à proposer une théorie de la psyche comme tropologique du sujet. La convocation du trope qui vient du grec tropos  , le tour, survient comme réponse à la question de savoir comment l’individu se  constitue en sujet dans le pouvoir qui le produit. En effet, une fois défini l’assujettissement comme ce mixe de sujétion et subjectivation, il convient de comprendre comment les deux aspects s’articule nt, à l’intérieur du pouvoir , pour constituer le sujet ainsi que son rapport à la puissance qui le fait exister. Le pouvoir appelle le sujet à lui en le constituant, la question du tour pose alors la question de la reconnaissance dans et par le sujet de ce pouvoir. Un certain nombre de difficultés émergent lorsque l’on cherche à cara ctériser l’ assujettissement : si le sujet est un produit des discours qui sont, à leur tour, produits par le pouvoir, comment le sujet peut-il se révolter contre le pouvoir ? Autre question, celle de penser l’articulation temporelle des deux modalités de l’assujettissement. Peut -on dire que la subjectivation précède l’assujettissement  ?  Très schématiquement l’on pourrait dire que la première question s’adresse essentiellement à Foucault et la seconde à Althusser mais , hormis un aspect didactique, qui va nous servir de guide pour aborder chacun des deux auteurs, cette distinction est très largement artificielle. Chacune de ces questions donne lieu un débat tour à tour entre Judith Butler et la pensée d’Althusser puis avec celle de Foucault. Celle ci- s’efforce de montrer que leur pensée de l’assujettissement comporte certaines limites et qu’un discours sur la théorie de la psyche permet de reformuler une partie de leurs positions et de les éclairer sous un jour nouveau. Voyons donc ce qu’elle entend lorsqu’elle affirme que chez ces deux auteurs «  le pouvoir sous son double aspect de subordination et de production demeure inexploré ».  La tropologie du sujet est donc l’étude des différentes modalités de retournement de l’individu qui en se retournant devient sujet. C’est ici que Judith Butler mobilise la figure de l’interpellation althussérienne comme exemple de retournement, permettant d’ expliquer la constitut ion du sujet par le pouvoir. L’image de l’interpellation provient de l’ouvrage de Louis   Althusser Idéologie et appareil idéologique d’Etat  . Suivons notre projet didactique et tentons de d’expliquer «   la venue à l’être du sujet, comme production du langage  ». Althusser dans Idéologie et appareil idéologique d’Etat   affirme que « La catégorie de sujet est constitutive de toute idéologie, mais en même temps et aussitôt nous ajoutons que la catégorie de sujet n'est constitutive de toute idéologie, qu'en tant que toute idéologie a pour fonction (qui la définit) de « constituer » des individus concrets en sujets. C'est dans ce jeu de double constitution qu'existe le fonctionnement de toute idéologie, l'idéologie n'étant rien que son fonctionnement dans les formes matérielles de l'existence de ce fonctionnement ». L’idéologie conditionne le sujet ma is est matérielle, c’est à dire qu’ elle résulte des pratiques concrètes du sujet. Ces pratiques construisent un imaginaire faisant que l’idéologie les constitue comme sujet  : « les individus vivent dans l’idéologie, c’est -à-dire dans une représentation du monde déterminée, dont la déformation imaginaire dépend de leur rapport imaginaire à leur condition d’existence, aux rapports de production et de classe.  ». Althusser montre ensuite comment l’idéologie procède par une fonction de reconnaissance et une fonc tion de méconnaissance. Deux points évoqués dans son texte nous intéressent ici particulièrement.  Tout d’abord que sous la figure de l’interpellation Althusser montre que «  vous est moi sommes toujours déjà des sujets, et, comme tels, pratiquons sans interruption les rituels de la reconnaissance idéologique ». Il serait donc vain de chercher à répondre à la question de l’antériorité de la sujétion sur la subjectivation et inversement. Le pouvoir n’est pas d’application discrète sur le sujet mais s’opère d ans un continuum de sujétion, subjectivation. En second lieu l’interpellation chez Althusser fonctionne car si le sujet se retourne c’est qu’il est pris par la culpabilité. Cette culpabilité est surprenante : elle signifie qu’ « avant toute possibilité de compréhension critique de la loi existe une ouverture ou une vulnérabilité à la loi, rendues manifestes par ce retournement et permettant la formation d’une identité par identification avec celui qui transgresse la loi. De fait, la loi est transgressée av  ant même que l’on ait accès à elle. La « culpabilité » est donc antérieure à la connaissance de la loi et, en ce sens, est toujours étrangement innocente ». De ce paradoxe Judith Butler en tire une critique d’  Althusser en montrant que le sujet ne peut se retourner que si cette injonction est pensée sur le modèle divin. Elle conserve néanmoins l’idée d’une interpellation continue du sujet. Autrement dit le pouvoir s’exerce sur le sujet et forme le sujet de manière continue. Ce constat est repris pour montrer que chez Foucault, les forces discursives, qui assujettissent le sujet, qui sont continues, doivent se répéter pour se maintenir. Cela constitue la faiblesse structurelle du pouvoir qui donne la possibilité au sujet d’une révolte. Butler envisage cette révolte du sujet sous la forme d’un retournement du stigmate.  Ce retournement n’est pensable qu’articulé à une théorie de la psyche.   L’argumentation de Butler à propos de Foucault s’effectue en plusieurs temps. Elle commence par une discussion resserrée autour de la notion de corps. Partant de la description du processus d’assujettissement proposé dans Surveiller et punir   elle souligne que la pensée du corps comme lieu d’inscription de pouvoir qui en se signant sur le corps vient à fai re émerger le sujet. Selon Butler l’idée que «   le sujet s’initie à travers une soumission srcinaire au pouvoir.  » est une affirmation non démontrée faite par Michel Foucault pour répondre à la problématique de l’articulation entre sujétion et subjectivisa tion. Elle écrit plus loin dans La vie psychique du pouvoir  , dans le chapitre consacré au philosophe, que « même si Foucault tente parfois de prouver que le pouvoir juridique  –   le pouvoir qui agit sur et subordonne des sujets  –   précède le pouvoir productif, c’est -à- dire la capacité du pouvoir à former des sujets, il est clair, comme en témoigne l’exemple du prisonnier, que sujet produit et sujet régulé ou subordonné ne font qu’un. La production obligatoire contient sa propre forme de régulation. ». Cette entreprise faite dans Surveiller et Punir  , passe par le concept d’âme   qui est pensée comme la prison qui s’applique sur le corps  , plus précisément « elle agit en forçant le prisonnier à s’approcher d’un idéal, d’une norme de comportement, d’un modèle
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