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LE CERVEAU A-T-IL VRAIMENT UN SEXE ? REFLEXIONS DE CATHERINE VIDAL

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Devoir du Cours : Féminisme et pensées critiques de Mme Léa VEDIE, ENS Lyon Sujet : LE CERVEAU A-T-IL VRAIMENT UN SEXE ? REFLEXIONS DE CATHERINE VIDAL Par Mouhamadou Moustapha ATHIE, Université Jean Moulin Lyon 3
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   Année académique : 2017-2018 Cours : Féminisme et pensées critiques de Mme Léa VEDIE, ENS Lyon LE CERVEAU A-T-IL VRAIMENT UN SEXE ? REFLEXIONS DE CATHERINE VIDAL Par Mouhamadou Moustapha ATHIE, Université Jean Moulin Lyon 3  Catherine Vidal est une neurobiologiste qui s'intéresse particulièrement à la question des préjugés relatifs au statut de la femme et en rapport avec les progrès et découvertes scientifiques modernes. Son domaine de recherche embrasse aussi bien les neurosciences dans leur généralité, mais plus  particulièrement le déterminisme en biologie, la plasticité neuronale, le sexe du cerveau et la construction des genres. Ceci étant, elle semble plutôt bien placée pour parler de la question. Dans notre travail, ce qui nous intéresse plus particulièrement, c’est la théorie qui prétend établir une supériorité de l’homme sur la femme en se basant sur des critères neurologiques, c'est-à-dire liés au cerveau.  Notre exposé se base sur deux textes de Catherine Vidal, l’un en anglais et intitulé The sexed brain : between science and ideology (qu’on peut traduire par : le cerveau sexué : entre science et idéologie), et l’autre  Le genre à l’épreuve des neurosciences . En vérité, le contenu est le même dans les deux textes ; la seule différence c’est que le texte en anglais contient un peu plus de détails en certains passages. Tout au long de ces deux textes, Vidal met à nue l’idée d’une détermination biologique du cerveau, autrement dit le fait que les capacités neurologiques de chaque individu, qu’il soit féminin ou masculin, soit fixées dès la naissance. Ce qui, du coup, traduit une supériorité naturelle de l’homme sur la femme, et ce de manière vraiment irréversible, et exclut en même temps toute possibilité d’évolution des paramètres internes au cerveau de tout un chacun. C’est là que débute vraiment l'idéologie de domination masculine qui, ce et c’est ce qui est plus grave pour notre auteure, se trouve soutenue et défendue par bon nombre de scientifiques renommés. Catherine Vidal trouvera dans l’idée de plasticité cérébrale l'embouchure où l’issue lui permettant de vraiment battre en brèche l’ensemble de ces conceptions déterministes…. • Taille du cerveau Vidal cite à ce propos Paul Broca qui, au XIXe siècle, déclara : 《   on average, the brain mass is larger in men than in women, in clever mrn than in ordinary ones, and in superior races than in inferior ones […] There is an obvious relationship between intelligence and brain volume   》 . Comme on peut s’en apercevoir à travers ce passage du texte en anglais reprenant les propos de P. Broca, avant que certains  progrès scientifiques ne soient accomplis, une certaine relation systématique était établie entre la taille du crâne et l’intelligence des individus. Cet anatomiste calcula en ce sens une différence de 181 grammes entre le poids moyen des cerveaux des hommes (1325 grammes) et celui des femmes (1144 grammes). C’est d’ailleurs ce principe pseudo-scientifique et discriminatoire qui était établi pour justifier l’infériorité des hommes noirs face aux hommes blancs. A ce stade de l’histoire scientifique, on croyait encore à l’existence de races et à une différence qualitative entre elles, comme le montre d’ailleurs les travaux du Comte de … Des noirs avaient même été l’objet d’expériences qui avaient pour but de mesurer la taille de leurs crânes. De cette prétendue différence d’intelligence entre les hommes de diverses 《 races 》  basée sur la taille du crâne, on est passé d’une intelligence supérieure des hommes face aux femmes, avec la même idée de base.  Dans un article publié dans le magazine Cerveau et Psycho  (No 5 – Février-Avril 2011), Markus Haussmann, psychologue à l’Institut de neurosciences cognitives à l’université de la Ruhr à Bochum, défendra l’idée que même si les modes de pensée féminin et masculin diffèrent et que la taille de leurs cerveaux n’est pas proportionnelle, on n’en peut jamais déduire une supériorité d’intelligence systématique quelconque. Sans être un modèle de vertu intellectuelle puisque défendant une conception classificatoire des 《  races 》 , Paul Janet, dans un article oublié dans la Revue des Deux Mondes en 1865 et intitulé Le cerveau et la pensée, tournera un peu en dérision le critère de la taille en évoquant le cerveau de l’éléphant parallèlement à celui de l’homme. Pour Lise Eliot, professeure de neurosciences à la faculté de médecine de l’université de Chicago, le seul fait objectif quant à la question de la taille du cerveau c’est la vitesse de croissance, celui des filles étant réputé aboutir ou arriver à terme beaucoup  plus tôt. • Meilleure prédisposition des femmes au langage Vidal nous cite une expérience réalisée sur dix-neuf hommes et dix-neuf femmes et qui portait sur leur  propension et leur capacité à mobiliser leurs fonctions cérébrales pour faire acte de langage. Au terme de cette imagerie à résonance magnétique (IRM), il a été conclu que les femmes étaient plus douées en terme de langage que les hommes. Plus explicitement, elles mobilisent leurs deux hémisphères cérébraux pour communiquer, là où les hommes ne mobilisent qu’un seul des deux hémisphères.  Néanmoins, d’autres considérations scientifiques sont venues récuser ces expériences qui avaient le tort d’être trop isolées et de caractère trop inductif. C’est ce que nous dit Vidal qui affirme que 《   les localisations des zones du langage sont très variables d’un individu à l’autre, cette variabilité l’emportant sur une possible variabilité entre les sexes   》 . Elle ajoute qu' 《    Il ressort d’une méta-analyse des expériences d’IRM sur les fonctions cognitives que, sur les 16.000 articles publiés de 1992 à 2008, seulement 2,6% font état de différences entre les deux sexes  (…)  Et rien ne dit que ces dernières ne sont pas dues à des différences d’expériences vécues   》 . • Moral cognition : les femmes ont une capacité moindre en terme de jugement moral que les hommes Une expérience réalisée en 2009 grâce aux techniques d’IRM et dont le prétexte était de se faire une idée du degré de jugement moral des hommes et des femmes en montrant aux volontaires des images reflétant des actes de violence a montré que les femmes réagissaient avec émotion et empathie, et les hommes avec raison et effort de compréhension. Un tel état de fait relègue les femmes très loin derrière les hommes en terme de jugement moral et les disqualifie en même temps quant à toute éventualité de  prise de décision lucide, sobre et sans compromis ou fébrilité. Si on ne se basait sur ce genre d’expérience, il n’y aurait alors plus de femmes juges vu qu’elles ne sont pas imbues du sens de justice. Dans le texte, Vidal a qualifié cette interprétation des résultats de l’IRM de dérive sexiste, un prétexte,  pouvons-nous ajouter, servant à accorder plus de crédit que la raison ne permet aux théories suprématistes masculines.  Dans la modernité aussi, beaucoup de considérations, de faits et d’exemples peuvent être cités à ce  propos, notamment dans le cadre professionnel (santé, éducation, assistance sociale, etc.) où certains  postes sont quasi réservés aux femmes en raison de caractères qu’on leur attribue et qu’elles sont toutes supposées partager. Citons, entre autres, la profession de sage-femme, de gynécologue (relatif), d’assistante sociale, d’accompagnement aux personnes affectées psychologiquement, âgées ou à mobilité réduite, de conseillère (banque, sociétés de téléphonie, etc.), d’hôtesse de caisse, etc. Malgré tout, il faut avouer que la tendance est en train d’être renversée et qu’on assiste progressivement à une démocratisation de certaines professions à un point tel qu’on voit maintenant des pénitentiaires femmes, démocratisation qui a ses limites en terme d’effectivité dans les pays du globe. • Les femmes moins aptes à faire les maths Lawrence Summers, président de l’Université de Harvard en 2005, fit une déclaration qui allait entraîner son éviction l’année suivante. Il avait considéré que 《   le faible nombre de femmes dans les disciplines scientifiques s’explique par leur incapacité innée à réussir dans ces domaines   》 . Ces considérations  biodéterministes n’ont rien de scientifique et ont tendance à perpétuer un préjugé déjà fort ancré dans la conscience populaire. Ironie du sort, un professeur de la même université, du nom de Steven Pinker, 《   défendait que les différences d’aptitudes cérébrales entre les sexes expliquaient les moindres  performances des femmes en mathématiques   》 . Alors, si l’on en croit Pinker, les femmes ne sont pas  prédisposées à faire des maths, leurs capacités intellectuelles et leur disposition neurologique ne le leur  permettant pas. On en revient ainsi aux idées de nature, d’innéisme, de fixisme, etc. qui font de la femme un être naturellement inférieur, à l’intelligence borgne et boiteux, ce qui est un scandale. Pourtant, de telles considérations se retrouvent pratiquement partout dans les divers domaines des sciences, qu’elles soient dures ou molles ; et c’est souvent l’histoire qui, relevant un faible nombre de femmes ou n’en relevant pratiquement aucune, finit par corroborer ce préjugé. Gustave LeBon, au XIXe siècle, ira même  jusqu’à dire que ce qui caractérise l’esprit des femmes, c’est, entre autres, l’inconstance, l’absence de  pensées, de logique et de raison. Prenant le contrepied de toutes ces déclarations biodéterministes faisant de la femme un être inférieur de nature, Vidal nous plonge au cœur de la découverte de la plasticité cérébrale qui, selon elle, est censée expliquer le mieux les variabilités et différences entre hommes et femmes que font ressortir de nombreuses expériences d’IRM. Pour elle, elles sont dues uniquement à l’apprentissage de nouvelles actions ou activités, mais aussi à l’environnement extérieur qui modèlent, conditionnent, donnent matière et forme à la structure des fonctions cérébrales. L’environnement extérieur influe donc énormément sur le cerveau ainsi que sur les neurones qui ne font que s’adapter aux divers états et situations qui se présentent à eux. Le cerveau se modifie donc à mesure que ses besoins d’adaptation s’altèrent aussi. Selon Vidal, c’est même ce dont fait état l’idée de plasticité cérébrale, le cerveau n’étant  jamais le même à tous âges de la vie, et se modifiant corrélativement à l’activité ludique, sportive, ou  artistique, etc. que l’on pratique. Certaines zones du cerveau ne sont ainsi activées qu’en cas de besoin lié justement à l’environnement extérieur. C’est ainsi que notre auteure cite l’exemple des chauffeurs de taxi et des pianistes professionnels en activité depuis leur prime enfance, le développement du cerveau étant accentué sur le contrôle de la représentation de l’espace chez les premiers et, par le plus grand des contrastes, sur 《   l’épaississement du cortex cérébral dans les zones spécialisées dans la motricité des mains chez les seconds 》 . C’est dans la même perspective que Vidal nous dit qu’à propos de l’identité sexuée ou sexuelle qui se forme dans le cerveau de l’enfant, qu’il soit garçon ou fille, 《   l’interaction avec l’environnement  familial, social et culturel   》  oriente 《   les goûts et les aptitudes   》  et contribue à 《    forger les traits de personnalité en fonction des modèles du féminin/masculin donnés par la société    》 . C’est dire donc qu’avant d’être physique, la conscience de l’identité sexuée est d’abord intra-neurologique et est le  produit de l’influence extérieure. Dans le même ordre d’idées, il se forme ainsi chez la petite fille un complexe d’infériorité face au garçon, la société donnant à la première l’apanage d’être molle, douce, réservée, polie, etc. et au second celui d’être fort, puissant, guerrier, etc. On peut en outre évoquer ici le complexe de castration freudien … On voit alors qu’avant même d’avoir des allures scientifiques, la discrimination et la marginalisation féminine est d’abord sociale, et débute dès la plus tendre enfance. Un autre problème que Vidal fait ressortir du débat sur la différence neurobiologique des deux genres, c’est celui de l’innéisme où il est question d’une fixité des fonctions neurologiques de tout un chacun, et ce depuis la naissance. Cette théorie, qui dénie toute possibilité d’évolution du cerveau, établit en même temps une prédominance masculine indéboulonnable. Malgré le fait qu’elle ne tienne pas la route, elle se trouve toujours défendue de part et d’autre, y compris par des scientifiques. Néanmoins, si l’on se base sur l’exploration du cerveau humain accompli grâce aux nouvelles techniques d’imagerie cérébrale par résonance magnétique, on peut voir que même si des différences peuvent apparaître entre les genres, il ne s’agit que d’accidents et d’altérations suscités par l’adaptation qualitative à des activités extérieures, comme nous l’avons évoqué plus haut. En outre, il faut savoir qu’avec la découverte de la  plasticité cérébrale, ce sont des millions et des millions de circuits de neurones, de connexions de neurones ou synapses qui sont fabriquées incessamment, et ce aussi bien avant la naissance, dans l’enfance qu’à l’âge adulte. Toutes ces modifications s’opèrent indépendamment de toute considération relative au genre, le cerveau se développant en la gente masculine comme en celle féminine et se modifiant au gré des circonstances et situations. Cette modification permanente et cette élasticité du cerveau humain est ce qu’on a désigné sous l’appellation plasticité cérébrale. À ce propos, elle souligne dans un entretien publié dans le journal  Le Monde  que le déterminisme génétique et hormonal peut être court-circuité car tout simplement, l’individu n’est pas une machine programmée par des gènes et des hormones, et qu’il a un libre arbitre neurologique qui lui permet une liberté de choix dans ses actions et ses comportements.
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