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Les cartouches divins

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  ZÄS  129  (2002) C. Spi e s er: Cartouches divins 85 CATHIE SPIESER Les cartouches divins* En raison du pouvoir «royal» conféré aux dieux égyptiens pour favoriser leur action et leur présence qui équivalaient à un règne éternel au ciel, sur terre et dans les temples 1 , les noms de certains dieux égyptiens ont bénéficié, parfois dès le Moyen Empire, de titulatures, qui se limi-tent, dans la plupart des cas, à deux noms 2 . Ce caractère royal des dieux était également et sur-tout affirmé à travers de nombreuses épithètes, * J adresse mes plus vifs remerciements aux Prof. Dr. Erik Hornung et Antonio Loprieno qui ont lu avec bienveillance cet article et l ont enrichi de leurs remar-ques. 1  J. Zandee, Gott ist König, Proceedings of 12st. international congress of history of Religion, Leiden 1975, p. 167-178; le règne terrestre des souverains égyptiens est censé être précédé par celui de diverses divinités, comme le mentionne le papyrus royal de Turin, datant de la 19 e  dynastie: A. H. Gardiner, The Royal Canon of Turin, Oxford 1959; E. Hornung, Der Eine und die Vielen, Darmstadt 1971, p. 147 ; U. Luft, Beiträge zur Historisierung der Götterwelt und der Mythenschreibung, 1978, p. 65 sqq., p. 78 sqq. 2  K. Kuhlmann, «Göttertitulatur», LÄ 2, col. 716-718: on trouve, au Nouvel Empire, des titu-latures de dieux qui se présentent principalement sous forme de noms précédés de la mention  nswt-bjtj sans cartouche; dès le Moyen Empire, Osiris possède un nom d Horus, cf. ibid. col. note 6 col. 717; P. Kaplony, «Königsring», LÄ 3, col. 612-613 ; W. Barta, Der Königsring, ZÄS 98 (1970), p. 13-14 ; Cl. Traunecker, Les dieux de l Egypte, Paris 1992, p. 72-73; pour la royauté des dieux exprimée à travers l emploi du cartouche et des exemples de cartouches divins, se reporter à J. Assmann, Rê und Amun, Die Krise des polytheistischen Weltbilds im Ägypten der 18.-20. Dynastie, Fribourg 1983, p. 209-210 et notes 65 à 68 ; exemples de cartouches divins du Moyen Em-pire (13 e  dyn.): K. Sethe, Ägyptische Lesestücke, Darmstadt 1959, 63.22;J. Leclant, Recherches sur les monuments thébains de la XXVe dynastie dite «éthio-pienne», Le Caire 1965, p. 199,  η 1; un autre exemple est  constitué par la «stèle des 400 ans», de l époque de Ramsès II, où une titulature royale est donnée au dieu Seth, avec noms de trône et de naissance inclus dans des cartouches, cf. «Vierhundertjahrstele» dans LÄ 6, col. 1039-1044. utilisées tant pour un roi qu un dieu, qui les qua-lifiaient de «souverain des souverains», «roi des rois», «roi des trônes de deux terres», «roi des dieux», «roi du ciel», «roi de la terre», etc. 3 . Ce-pendant, l emploi du motif du cartouche pour un nom divin n a constitué jusqu au Nouvel Empire, sauf durant l époque d Amarna, que des exceptions à la convention voulant que ceux-ci n entourent que les noms de trône et de nais-sance d un roi. Le cartouche servait initialement, d une part, comme marque de distinction des personnages royaux par rapport à l humain et au divin, laquelle peut s interpréter de deux manières, non contradictoires à mon sens. Selon la tradition égyptologique, cette distinction serait davantage celle d un statut particulier lié à la «nature double du roi»,   humaine et divine —, mais elle peut encore se comprendre comme le signe particu-lier d une «position intermédiaire» du roi, se situant entre les sphères humaine et divine 4 . L idée du cartouche a pu manifester, de manière plus ou moins marquée selon les périodes de l histoire égyptienne, le caractère divin imma-nent de l être du roi, le seul parmi les hommes à posséder une double nature, humaine et divine, et qui va dans le sens d un éloignement de la sphère humaine pour s approcher de celle du divin. C est sans doute encore pour exprimer le statut particulier du roi lié à sa divinité innée et pour mettre celle-ci en valeur que, plus particu- 3  ibidem; sans compter les épithètes «roi des deux terres », « roi de haute et basse Egypte» qui pouvaient qualifier un dieu de manière isolée, c est-à-dire sans que celles-ci ne précèdent directement le nom d un dieu. 4  Je suis très reconnaissante au Prof. Dr. A. Loprieno de m avoir suggéré cette approche; l idée du cartouche comme signe distinctif d une position intermédiaire entre les sphères humaine et divine me permet de reconsidérer de manière plus précise la pro-blématique de cet article. - 10.1524/zaes.2002.129.1.85Downloaded from PubFactory at 08/14/2016 06:25:38PMvia Université de Fribourg  86 C. S pies er: Cartouches divins ZÄS  129  (2002) lièrement au Nouvel Empire, toute une icono-graphie a été développée autour des noms du roi, figurés en divers contextes, de manière au-tonome, c est-à-dire comme des substituts à la représentation humaine du roi 5 . Ces diverses représentations ont montré, principalement, que le cartouche royal était vénéré comme forme générale de dieu solaire et parfois encore comme manifestation d Horus, Béhédety, Rê et Amon. Le cartouche encerclant le nom d un dieu ne pouvait avoir qu une signification symétrique: si le cartouche manifeste une idée de la divinité liée à la double nature du roi, à l inverse, un cartou-che autour d un nom divin exprime la royauté du dieu. En fait, les dieux forment des «alter ego» du roi qui les intègre, par le biais de ses noms, comme autant d éléments de sa propre person-nalité. En effet, les «ingrédients» divins dans un nom de roi sont à considérer comme des sortes de «fractions» de ces mêmes divinités venant figurer parmi les éléments qui forment la per-sonnalité du roi, dans son être, par essence «multiple» . Cette multiplicité de la nature du roi, est aussi valable pour les dieux qui partagent souvent des caractéristiques communes 8 . Le célèbre exemple de la façade du grand temple d Abou Simbel en témoigne d une façon particulièrement limpide . Il pousse le processus à l extrême: le dieu vénéré n est autre qu un des éléments divins du nom du trône de Ramsès II, et figure donc également le roi dont la divinité se manifeste par son nom. Mais ces éléments de nom de trône demeurent cependant des dieux à part entière. Ceci illustre parfaitement les rap-ports qu entretiennent rois et dieux à travers une nature divine véritablement mise en commun dans le cadre d une relation privilégiée. Loin des exemples isolés de cartouches divins évoqués plus haut, ce sont en fait, de manière plus directe, les diverses représentations de 5  Concernant le caractère divin exalté à travers le motif des noms autonomes, cf. C. Spieser, Les noms du Pharaon comme êtres autonomes au nouvel Empire, OBO 174, Fribourg- Göttingen 2000. 6  ibidem, p. 61-67 et p. 114-115. 7  ibidem. 8  E. Hornung, Der Eine und die Vielen, passim. 9  C. Spieser, op. cit., document nr. 243, p. 140. noms royaux autonomes destinées à isoler le divin de la nature terrestre et humaine du roi qui ont été réutilisées pour les souverains divinisés, ainsi que pour les dieux dont Osiris, prototype du roi mort divinisé, à partir de la 3 e  période intermédiaire, lorsque le culte de ce dieu accuse un nouvel essor. Le culte d'Osiris à la fin du Nouvel Empire Le dieu Amon-Rê, lié de très près à l idéologie royale, était le dieu qui conférait au roi le pouvoir royal et ses épithètes faisaient de lui le dieu   roi par excellence. A l époque ra-messide, la théologie d Amon-Rê avait complè-tement assimilé le dieu Osiris à Rê, faisant des deux divinités les aspects d une seule, Rê étant présent dans Osiris et vice-versa 10 . Le décor des tombes royales est mis en relation avec un au-delà plutôt solaire que chthonien. Alors que l apogée de cette théologie solaire semble avoir été atteint, l assimilation de Rê à Osiris finit par profiter à ce dernier. Le retour en force de la théologie osirienne est, entre autres raisons qui y ont participé, le résultat d une évolution théologique perceptible dans les livres funéraires royaux qui suivent celui de l Amdouat, où Osiris, grâce à Rê, hérite d un rôle actif 11 . Ce phénomène d assimilation de Rê à Osiris finit par se retrouver également dans les cercueils privés thébains à partir de la 3 e  période intermédiaire 12 . Ce changement marque aussi le retour général à une croyance en un au-delà à nouveau plus chtonien. Mais le retour en faveur du dieu Osiris avait sans doute encore de multiples srcines, ou du 10  E. Hornung, Tal der Könige, réédition Augs-bourg 1995, p. 183-185; id., Geist der Pharaonenzeit, Zurich - Munich 1990, p. 108-114; id., Die Nachtfahrt der Sonne, Zurich - Munich 1995, p. 214-221. 11  E. Hornung, Die Altägyptischen Jenseitsbücher, Darmstadt 1997. 12  J. Yoyotte, Une notice biographique du roi Osi-ris, BIFAO 77 (1977), p. 145-149; ce phénomène per-ceptible dans les cercueils a été fort bien étudié par A. Niwinski, The solar-osirian unity as principe of the theology of the «State of Amun in Thebes in the 21 dynasty», JEOL 30 (1988), p. 89-106. - 10.1524/zaes.2002.129.1.85Downloaded from PubFactory at 08/14/2016 06:25:38PMvia Université de Fribourg  ZÄS  129  (2002) C. Spieser: Cartouches divins 87 moins, il a pu être facilité par un certain nom-bre de facteurs qui se situaient en marge des spéculations purement théologiques. L'un de ces facteurs est le fait que les croyances populaires étaient demeurées fidèles au dieu Osiris 13 . Si les premiers témoignages architecturaux du renou-veau cultuel officiel d'Osiris qui se trouvent à Thèbes ne datent que de la 25e dynastie, - ce sont les nombreuses chapelles dédiées à diffé-rentes variantes d'Osiris 14  -, les témoignages privés provenant de cercueils thébains, comme mentionné plus haut, les précèdent donc large-ment; les tous premiers exemples apparaissent dès la fin du Nouvel Empire 15 . En fait, le culte du dieu Osiris, en-dehors de Thèbes, n'avait pas connu d'interruption 16 . Au Nouvel Empire, les temples de Séthi I à Abydos étaient bien consa-crés à Sokar Osiris et à Osiris Ounnefer . Le dieu possédait, en outre, un culte à Héliopolis, lieu qui lui était associé dès l'Ancien Empire 18 . Ces cultes entretenus, conjugués aux croyances populaires, ont pris position aux côtés du culte thébain d'Amon-Rê. Finalement, il est possible 13  J. Yoyotte, op. cit. 14  J. Yoyotte, op. cit.; J. Leclant, Recherches sur les monuments thébains de la XXVe dynastie dite éthiopienne, Le Caire 1965: pour les chapelles des diffé-rentes variantes d Osiris cf. p. 23-25, se reporter aussi aux pages 262-292 et 317-319. 15  A savoir : le fragment de cercueil datant vers 1000 av. JC, Louvre E 20043; le cercueil d Amenemopet datant de la  2Γ dyn. Louvre E 3864 (fig. 4.1); un autre cercueil d Amenemopet  daté de 1050 av. JC, British Museum EA 22941 (fig. 5.2) et d autres exemples cités plus bas. 16  Pour le culte florissant du dieu Osiris à Abydos, durant le Moyen Empire: J. Spiegel, Die Götter von Abydos. Studien zum ägyptischen Synkretismus, Wies-baden 1973: la première partie de cette étude met en lumière l interpénétration des cultes osiriens et royaux, notamment par l emploi d épithètes royales pour le dieu qui seront utilisées jusqu à la Basse Epoque, p. 16—42 et liste d épithètes p. 173-178. 17  E. Otto, Osiris und Amun, Kult und heilige Stätten, Munich 1966, p. 52-61: dès la 19 e  dynastie, Osiris était vénéré sous de nombreux noms et formes dans beaucoup d endroits du pays. De plus, les mystères d Osiris et les rites funéraires en relation avec ce dieu se sont poursuivis jusqu à la 3 e  période intermédiaire et la Basse époque. Le culte du dieu n a cessé de grandir jusqu à l époque ptolémaïque. 18  E. de Banna, A propos des aspects héliopoli-tains d Osiris, BIFAO 89 (1989), p. 101-126. de se demander si l'impulsion sur le plan théolo-gique dont témoignent les tombes royales ne reflète pas un désir de la part des souverains de se remettre en phase avec un entourage grandis-sant qui était favorable au dieu, ceci d'autant plus que les noms des variantes d'Osiris véné-rées dans les cercueils thébains tout comme ultérieurement dans les chapelles thébaines ren-voient, en plus des aspects cosmique et funé-raire, à différents aspects locaux du dieu 19 . Les cercueils thébains sont les premiers té-moignages privés portant les marques visibles d'une interpénétration des cultes d'Amon-Rê et d'Osiris à Thèbes, perceptible notamment dans le motif des cartouches, même si dernier a éga-lement utilisé pour d'autres divinités. Il est un fait que la dimension «royale» d'Osiris incombait tout autant à Amon-Rê, dieu dont les souverains ramessides étaient censés détenir directement le pouvoir et qui s'était ainsi plus ou moins arrogé la relation de filiation divine et royale tradition-nelle Osiris   Horus 20 . Ce nouveau rôle du dieu Osiris a eu pour conséquence un certain regain d'intérêt pour cette relation 21 . Les liens étroits des deux dieux avec le culte royal d'une part, et la longue interpénétration de leurs cultes qui s'en est suivie d'autre part, expliquent sans doute l'emploi de certains motifs iconographiques particulièrement appropriés comme les cartou-ches figurés de manière autonome, issus du culte royal et destinés, entre autres, à mettre en valeur ce « retour » d'Osiris comme un dieu lié à la fois au culte populaire et au culte officiel 22 . 15  J. Leclant, Recherches sur les monuments thébains, voir p. 23-25; 49; 99-100; voir aussi p. 262-292 et 317-319. 20  Le roi est couramment qualifié de «fils d Amon»; J. Assmann, Rê und Amun, die Krise des poly-theistischen Weltbilds im Ägypten der 18.-20. Dy-nastie, Fribourg 1983, passim; P. Grandet, Le pha-raon bâtisseur, dans l Egypte ancienne, Paris 1996, p. 45-58;  J Leclant, op. cit., p. 263 et p. 288-9. 21  J. Leclant, op. cit., p. 284 et s.: ceci se constate à propos des multiples chapelles d Osiris mises en rela-tion avec le rite du  Heb Sed.  Osiris est pleinement asso-cié aux rites jubilaires. 22  J. Leclant, ibidem. - 10.1524/zaes.2002.129.1.85Downloaded from PubFactory at 08/14/2016 06:25:38PMvia Université de Fribourg    C.   pi  e s  er: Cartouches divins ZÄS 129 (2002) es cartouches divins C'est dans les monuments thébains de la 25 e dynastie que des cartouches viennent encadrer les noms des dieux qui y sont honorés, dont celui d'Osiris auquel de nombreuses chapelles sont dédiées (fig. 1 et 2) . Ces représentations ne se font pas à la manière du cartouche qui accompagne ordinairement une figure anthro-pomorphe, mais montrent de façon autonome le nom du dieu, c'est-à-dire comme substitut de sa figure anthropomorphe, encadré et surmonté d'un couronnement qui marquait ordinairement la divinité royale, à savoir deux plumes d'autruches encadrant un disque solaire 24 . Ä1   Fig. 1:  Détail de l'une des portes de l'enceinte d'Osiris-Ounnefer-au-coeur-du-persea. (D'après J. Leclant, Recherches sur les monuments thébains de la XXVe dynastie dite éthiopienne, Le Caire 1965, fig. 15) S'il a parfois été proposé que ce phénomène pouvait être une réminiscence de ce qu'Akhé-naton avait institué pour son dieu 25 , l'idée qu'elle implique du partage des rôles entre le dieu et le roi, mais qui confine à leur inversion, me semble trop marquée pour correspondre à l'esprit des époques ultérieures 26 . Certes, par analogie avec le raisonnement qu'a tenu A. Loprieno à propos de Fig. 2: Linteau de la façade de la chapelle d'Osiris-neb-ankh (d'après J. Leclant, ibid., fig. 3) la «stèle des 400 ans» 27 , le fait d'inclure le nom d'Aton dans un cartouche peut s'interpréter comme une manière d'exprimer la volonté du roi de placer son dieu à un «niveau intermé-diaire», se situant entre les sphères humaines et 2Θ divines . Cependant ce  procédé, s'il témoigne assurément de l'intention de rapprocher le dieu de la sphère humaine en le situant au niveau royal, demeure sans véritable conséquence pour Akhénaton qui ne décale nullement ses noms à un niveau inférieur, même si certaines scènes de vénération des noms royaux et divins s'accompagnent d'une prière où une partie du nom de trône «L'unique de Rê» est mentionnée sans cartouche 29 . En effet, il convient de ne pas oublier que les prières en question sont adres- 23  On constatera aisément qu'il ne s'agit en aucun cas d'un privilège réservé à Osiris; d'autres divinités voient leur nom inscrit dans un cartouche, comme certaines variantes d'Horus, d'Anubis, etc. cf. J. Lec-lant, Recherches sur les monuments thébains, passim. 24  C.   pie  s  er, Les noms du Pharaon, p. 42. 25  P. Kaplony, «Königsring», LÄ III, 610-626, voir en particulier col. 612. 26  E. Hornung, Echnaton. Die Religion des Lichtes, Zurich 1995, p. 61-64. Cf. notes 2 et 4. A. Loprieno, The «King's Novel», dans Ancient Egyptian Literature. History and Forms, A. Loprieno (ed.), Leiden — New York -Köln 1996, p. 277-295; cf. infra. 28  Cf. supra. 29  C. Spieser, op. cit., nr. 1 à 4, 60 à 71, cf. p. 108. Par ailleurs, à l'époque ramesside, les noms de trône et de naissance pouvaient parfois être figurés de manière autonome et sans leurs cartouches, ce qui, au contraire d'une diminution de rang, relève clairement d'un ac-croissement du statut divin du roi; je pense en particu-lier aux frises de noms qui ornent le sommet des murs du temple de Khonsou à Karnak, C. Spieser, ibidem, p. 31-32, et parmi d'autres exemples, les documents nr. 222, 226; je pense également aux statues de person-nages présentant des noms royaux sous forme cryptée ou non cryptée, cf. doc. nr. 230, 278, 279. Ceci montre bien comment un même phénomène, en apparence, peut s'expliquer par des motivations diamétralement opposées selon le contexte et l'époque où il apparaît. - 10.1524/zaes.2002.129.1.85Downloaded from PubFactory at 08/14/2016 06:25:38PMvia Université de Fribourg  ZÄS  129  (2002) C. Spieser: Cartouches divins 89 sées au dieu Aton et au roi figurés par leurs noms dans des cartouches. Les cartouches di-vins sont placés à un niveau d égalité avec les cartouches royaux, ces derniers restant néan-moins de plus petite taille 30 . Les cartouches royaux et divins forment, dans les scènes de vénération des noms royaux et divins de l époque amarnienne, un ensemble placé à ni-veau égal, et vénéré comme autant d entités di-vines solaires. Il demeure donc indispensable de considérer que les cartouches autour du nom d Aton ne sauraient s interpréter isolément de ce contexte idéologique particulier à Akhénaton et de ce fait, il est sans doute préférable de penser que l influence amarnienne n a été qu un facteur parmi d autres qui ont contribué à la longue et riche histoire que possède l iconographie des cartouches royaux autonomes. L emploi des cartouches divins à la fin du Nouvel Empire, devrait davantage se situer dans la continuité d une iconographie à l srcine purement royale dont Sénenmout avait donné l élan 31 . Pour en revenir à la «stèle des 400 ans», da-tant probablement de l époque de Ramsès II, l emploi de cartouches dans le cadre d une titu-lature divine est lié au contexte particulier de l époque durant laquelle il était débattu de la position de l homme par rapport aux domaines royal et divin 32 . Le dieu Seth qui reçoit une titu-lature royale est présenté comme un roi symbo-lique d une ère fictive (la stèle est datée de l an 400 du dieu), tandis que les ancêtres de Ramsès II, à savoir Ramsès I et Sethi I sont présentés comme des vizirs. L interprétation d A. Lo-prieno est que ces décalages dénotent clairement une volonté de rapprocher le niveau royal du un niveau humain, et parallèlement, le niveau divin du un niveau royal. Cette même interprétation, comme indiqué plus haut, pourrait déjà s appliquer aux cartou-ches divins amarniens, mais avec quelques res-trictions quant à la position quelque peu « ambiguë » du roi, compte tenu du contexte très particulier de la période. Elle peut sans doute encore servir à expliquer l usage des cartouches divins à la fin du Nouvel Empire. Des cartouches royaux aux cartouches divins Les exemples thébains démontrant l utili-sation pour les dieux de cette iconographie d srcine purement royale semblent provenir en premier lieu de cercueils privés 33 . Ils montrent également qu Osiris partageait la vedette avec d autres dieux comme Amon-Rê, Horakhti, ou encore avec un souverain que la dévotion privée avait élevé au rang des dieux, Amenhotep I 34 . Le nom de ce souverain divinisé pouvait a l occasion apparaître au niveau du couvercle d un cercueil 35 . Dans la plupart de ces exemples, les noms divins apparaissent généralement dans le cadre de représentations en frises, protégés par des divinités apotropaïques 36 . Cependant, il 30  C. Spieser, Les noms du Pharaon, nr. 1 à 4, nr. 60 à 70 (stèles avec vénération des noms d Aton et des souverains) et p. 27—28 et 91-92: les noms de trône et de naissance sont fréquemment vénérés con-jointement du fait qu ils fournissent un aspect équilibré de la personnalité du souverain, d où, probablement, l emploi de deux cartouches pour signifier la royauté du dieu Aton; C. Aldred, Akhénaton roi d Egypte, Paris 1997, p. 35-38. 31  C. Spieser, op. cit.: de Sénenmout qui réinvente de nombreuses variantes iconographiques et cryptogra-phiques autour des noms de la reine Hatchepsout figu-rés comme substituts de sa personne, en passant par Akhénaton dont le nom était vénéré conjointement avec celui de son épouse et du dieu Aton. Il s en suit un long développement jusqu à l époque ramesside dont les signes se retrouvent dans le décor des temples et dans les témoignages de dévotion privée. 32  voir notes 2 et 27. 33  L iconographie des noms du roi autonomes avait connu un long processus de développement et les diffé-rentes formes qu elle a pu prendre trouvent chacune une explication à nuancer dans le cadre général de la quête d éternité des souverains égyptiens; C. Spieser, Les noms du Pharaon, passim. 34  Voir figures 3,4.2, 5.1, 7.1, 7.3. 35  C. Andrews, Egyptian mummies, Londres 1984, p. 70, fig. 87, cercueil d une prêtresse thébaine (sans nom) datant de la 21 e  dyn., BM EA 22542: aux pieds du cercueil le nom d Amenhotep I dans un cartouche surmonté d un unique disque solaire est entouré de diverses divinités apotropaïques, uraeus, scarabées. 36  Quelques exemples: couvercle du cercueil de la prêtresse Nesi-Maout,  2Γ dyn. cf. catalogue «Ville de Neuchâtel, bibliothèques et musées 80», 1980, p. 128, réf. Eg 184; couvercle du cercueil Bàie inv. 111,30, 21 e - 10.1524/zaes.2002.129.1.85Downloaded from PubFactory at 08/14/2016 06:25:38PMvia Université de Fribourg
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